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Qui n’a jamais entendu Bon Appétit Messieurs, Dames … Festif et convivial pour certains, ou épidermique et vulgaire pour les autres, ce bon appétit qui semble si Français, ne semble laisser personne indifférent.

En France la table demeure un élément central de la culture. Il s’agît de l’un des critères constitutifs de la gastronomie telle qu’elle fut classée par l’U.N.E.S.CO.  Pour les taoïstes et son maître à penser Confucius, elle est un reflet à l’échelle de la maison du monde qui entoure l’homme. Alors quand vient le délicat processus débutant un repas se sont des enjeux quasi cosmiques qui déferlent, d’où les clivages, pro et anti qui déchirent parfois les hommes… Bon Appétit ! La tache de professeur  de savoir-vivre est parfois ardue sur de telles questions.

Alors je me jette dans le grand bain depuis le haut du plongeoir afin de vous annoncer que « Bon Appétit » ne se dit pas… C’est une expression à bannir. Si d’aventure des personnes vous le disaient, respirez un grand coup, dites vous que la culture des uns, n’est pas celles des autres ou ce que vous voulez de gentil, qui soit autre, mais surtout remerciez la personne qui vous l’aura dit, car cela part d’un bon sentiment… Oui je sais l’enfer est pavé de bonnes intentions, mais cela sera un autre papier.  Donc remerciez la personne qui vous l’a dit, mais pas la peine pour quelqu’un qui l’annone, sauf si l’ensemble de la table demeure silencieuse. En revanche en ce qui vous concerne, vous ne répondez pas « de même », ou « vous également », ce n’est ni fait ni à faire, ni français, ni correct.

Enfin si c’est la maîtresse de maison elle-même qui le dit, deux cas de figure. Le premier, prenez vos jambes à votre cou. Le second ayez vos soins anti-poison à proximité. Pourquoi ? Parce que le message alors passé est celui d’une personne qui n’est pas sûre d’elle et espère que sa cuisine ne vous tuera pas le tube digestif !!!

Car in fine que signifie bon appétit ? La réponse est simple, c’est bon déroulement gastrique, bonne digestion. J’arrête là les signifiants pour ne pas tomber dans l’imagerie d’Épinal (? ). Pour comprendre cette expression il faut se rappeler que souvent, en matière de mœurs, la grande histoire rencontre la petite. Je sors la partie docte de mon mémoire pour vous expliquer un épiphénomène révélateur des  processus et de la plasticité des usages.

Au XVIIe, cette expression était couramment employée chez les aristocrates de la cour. Mais pas à tout va. Le rapport au corps et donc nécessairement aux autres étaient différents. A cette époque là, tout était publique, il n’existait aucune vie privée et l’étiquette mise en place à Versailles régissait chaque instant de la vie de ceux qui y étaient soumis. Or le fonctionnement à proprement parler pour la plus part de ces individus relevait de l’ordre du magique et / ou du divin.
Aussi pour marquer une forme d’intimité amicale assez proche, les amis se souhaitaient un « bon appétit », comme une incantation magique afin que les mets consommés ne soient pas mortels.  La révocation de l’Edit de Nantes en 1685 va jouer un grand rôle dans notre forme contemporaine.  Les protestants vont fuir et emporter avec eux cette habitude.

Au XIXe siècle les progrès de la médecine vont rendre inutile cette formule, car l’homme, désormais, va mieux comprendre le corps et ce phénomène complexe qu’est la digestion. L’expression va des lors tomber en désuétude.

Ce n’est qu’après la Seconde Guerre Mondiale et la présence sur le territoire français de troupes américaines stationnées que cette formule va revenir au goût du jour. La culture W.A.S.P. va se souvenir de cette lointaine formule et la propager en même temps que le chewing-gum ! La France ce pays catholique et indépendant, qui par la voix de son président à dit non à l’O.T.A.N., ne dit toujours pas bon appétit !

Alors je terminerai en revenant sur la table. La maîtresse de maison, ou la personne qui reçoit/ organise, est celle qui entame son assiette et par ce geste débute le repas. Ce faisant elle lancera un sujet de conversation, n’oubliant pas, comme le faisait remarquer un ami suédois,  qu’il n’y a que des français pour cultiver comme nulle part ailleurs l’art de la conversation au point de faire de « bon appétit » un sujet de conversation et d’histoire !