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Je suis assez souvent étonné de voir le corollaire que certains de mes élèves établissent entre les usages et convenances et une certaine absence de liberté.

Comme si le savoir-vivre était un carcan rigide, une armure venue du passé qui serait plus solide que l’acier. Mais enfin où allez vous chercher cela ? Quelle est cette fantasmagorie d’entraves ? Mes élèves s’imaginent souvent que je mène une vie confinée entre une incapacité à respirer, comme si j’étais figé dans une posture où, même sur un tableau  ou une installation contemporaine, chacun la trouverait inhumaine ! Une prison où mes amis et moi vivrions ?

Mais il n’en est rien ! Loin d’entraver  c’est une liberté ! Sachant que faire et comment le faire avec les autres il est possible d’autant plus d’être soit même et libre en compagnie d’autrui.  De plus la créativité naissant de la contrainte, cet ensemble de règle encadrant les rapports humains, sont là, afin de rendre chacun créatif !

Pour vous donner les clefs de cette prison, une fois n’est pas coutume, je vais mettre en ligne des éléments tirés de mon mémoire d’étude des sciences politiques.

Le but des Usages et convenances est la créativité, la joie de chacun, et le bien être de ses convives !

Pourquoi ? « cela tient aux définitions même de l’étude de ce sujet si complexe. Aborder un tel paradigme consiste plus en la compréhension et « l’examen des effets des processus historiques sur la plasticité de la vie et du comportement humain [1]», que dans la création de normes ex-nihilo. Le terme de plasticité que Norbert Elias emploie ici est à comprendre dans son acception première à savoir celui de forme, celui dans son acception courante ayant trait à l’esthétique (les arts plastiques).

Les usages et convenances, considèrent la meilleure voie à adopter en société. Dès lors le savoir-vivre, le protocole, ou tout autres vocables qui revêtent un sens plus ou moins similaire en fonction du public à qui ils s’adressent, n’en demeurent pas moins selon l’utilisation qui en est faite, des indications sur les mœurs qu’ adoptent des êtres sociologiques[1], dans leurs rapports entre eux. Ce qui constitue par essence les outils de communication entre ces êtres mais aussi ce qui caractérise leurs rapports.  Ce type d’information ne saurait être « autre chose que le reflet de coutumes portant témoignage d’un certain code de comportement et de normes émotionnelles données dans la vie de la société[2] ».  Elément qui rapporté à l’individu rappelle que « toute perception d’événement exige d’emblée un acte d’absorption psychique[3] » puisque l’interprétation «  que (l’on) donne de cet événement (…) parle en fait du contexte culturel où (elle) se trouve »[4].

Le terme d' »Usages » est apparu au XIIéme siècle. C’est un mot qui vient du latin usus, ou les us, il est également la racine du terme juridique et contient déjà la dimension que revêt le protocole. Il est défini comme étant une somme des « pratiques que l’ancienneté ou la fréquence rend normale dans une société » . Apliqué aux manières on peut lire dans le dictionnaire : «comprtements considérés comme les meilleurs, ou les seuls normaux dans une société »[1]. Le superlatif ici employé nous indique qu’une distinction est faite, la littérature qui leur est consacrée à donc pour effet de montrer à son lectorat ce qui se fait de mieux et ce, en employant  un critère de légitimation : celui de l’ancienneté. En revanche les auteurs vont parler de convenances, au pluriel afin d’intégrer au mieux le rapport à la nouveauté. On s’aperçoit ainsi de leur polyvalence, il y aura des convenances, qui vont s’appliquer aux diférents éléments de la société « en accord avec les usages, les bienscéances »[2]voire parfois qui vont être leur émanation mais qui seront toujours contemporaines et dues à la créativités de chacun ! »

Aussi la définition même de ces termes, invite chacun à prendre part, dans une certaine mesure, ( si cette mesure vous intéresse elle pourra faire l’objet d’un autre article) à l’élaboration de nouvelles normes.

En effet à partir du moment où les principes sont respectés tant sur la forme que le fond, la seule limite que vous pourrez rencontrer est vous-même. Décorer sa table, son intérieur, et son invitation, est aussi important qu’une formulation correcte, voire fondamentale. L’ennui étant à prescrire et frise parfois à la goujaterie : en effet si tout devait être identique, je n’ose imaginer l’envie alors et la rage que cela susciterait.

Alors je vous en prie chassez l’ennuie et l’uniformité et soyez savoir-vivre, soyez créatif !
Les notes ci-dessous sont classées par paragraphe

[1] Le petit Robert, Dictionnaire de la langue Française, juin 2000

[2] Le petit Robert, Dictionnaire de la langue Française, juin 2000


[1] Le terme d’être  sociologique est préférable dans la mesure où il se détache du processus d’individuation qui conduit à la notion d’individu. Là c’est un membre de la société, pas encore un individu au sens moderne du terme.

[2] Ibid.p. 89

[3] Boris Cyrulnik, Le Murmure des fantômes, éd Odile Jabob poches, Paris, 2006, p. 108

[4] ibid, p. 107

[1] Norbert Elias, La Civilisation des Mœurs, p.228