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Le déjeuner est une période clef de la journée qui offre à chacun bien des possibilités, il revêt donc bien des aspects.

Voici donc le début, l’introduction, d’une phase d’exploration et d’analyses qui s’offre à moi et qui tournera autour du déjeuner.

Qu’il soit professionnel, amical, familial, dominical ou seul, le déjeuner est à la fois le plus intime et le plus partagé des repas français. Intime car il est de nos jours le temps que le travailleur, l’employé, consacre en France à faire ce qui pour lui relève de sa vie privée.  C’est aussi parfois ce temps loin des collègues, qui permet de faire une pause de solitude dans la longueur de ses journées.  Le plus partagé aussi car il est ce temps où les mêmes personnes travaillants descendent en groupe ou seules à la cantine, celui où les services se croisent, se sont aussi les déjeuners clients ou ceux plus interminables que l’on passe en famille et qui ont largement contribué à faire de la gastronomie française un patrimoine classé par l’UNESCO.  Ce sont enfin ces déjeuners sur l’herbe des poètes-peintres, ou ceux qui ont fait les souvenirs des dimanches en famille.

Pourquoi insistai-je sur le côté français de ce temps ? Ce n’est pas par chauvinisme ou par esprit nationaliste, mais bien parce qu’il s’agît d’une particularité de notre culture !  Ainsi dans les pays anglo-saxons les pauses déjeuner ne sont pas consacrées comme chez nous. En Scandinavie, cela n’existe même pas, le « déjeuner » est un simple encas consommé sur le pouce à un moment de la journée avant le dîner de 18h. On peut peut-être y lire l’une des influences des monarques suédois d’origine française qui sont encore sur le trône. Contradictoire ? Pas vraiment, car cela tient à l’histoire du déjeuner (mais cela n’est qu’une hypothèse). Son histoire explique également les disparités d’appellation entre la Belgique et la France par exemple.

Mais pourquoi ce temps si particulier ? Le déjeuner tel que nous le pratiquons n’a pas toujours existé. Il est même dès le départ un signe d’opulence, puis de snobisme, il n’est « commun » que depuis récemment, après la seconde guerre mondiale en fait.

Sous l’Ancien Régime il n’y avait pas d’horaire, seulement des temps de repas :

Le déjeuner, notre petit déjeuner

Le dîner, notre déjeuner

Le souper, notre dîner en plus tardif.

Le fait est que la reine Marie-Antoinette va initier le mouvement de notre déjeuner en donnant au dîner, un cadre temporel plus ou moins fixe. Ce repas lui sera servi à elle et ses amis, ses intimes, au petit Trianon, ou dans son hameau, en milieu de journée, compte tenue du rythme des journées royales.

Puis après la révolution française les temps évoluent et s’accélèrent sous une double influence, le travail, le snobisme et les modalités de distinction sociale. Il devient très prisé de dîner dans la bonne société.  C’est dans ce contexte que le temps de la journée évolue avec l’influence du monde ouvrier et du travail qui oblige chacun à donner un rythme à la journée. Or sous la restauration, il va s’opérer une distinction entre ceux qui travaillent et ceux qui ont la possibilité d’être de riches oisifs. A partir de là, il sera très chic de dîner le plus tard possible dans la journée, laissant aux « pauvres et malandrins » (Brel) le soin de dîner à la mi-journée. Le savoir-vivre s’opérant en grande partie dans les élites, cette pratique va se répandre dans les couches supérieures de la société. Le souper est donc peu à peu remplacé par le dîner, le souper, devenant au grand désespoir de Dumas, père, le privilège des Dandys, des mondains et des noctambules. Il ironisera en affirmant que  La France de 1950 aura l’esprit d’un hollandais de son temps à cause de cela !

Mais ce snobisme aura pour mérite de reporter l’attention des personnes sur le déjeuner. Ce temps se pratique alors entre intimes et proches parents, de façon beaucoup plus simple et à la mi-journée car il n’est pas le dîner. Les mets servis devront donc suivre le même principe, et il en va de même pour le couvert et le service qui devront être très simples.Les personnes les plus riches montraient ainsi qu’elles ne dînaient pas, mais prenaient bien ce qui correspond à un petit-déjeuner. Le dîner à la mi-journée demeurant l’apanage de ceux qui n’avaient pas ou peu de moyens.

C’est donc ainsi que notre déjeuner va naître et garder l’idée encore valable de nos jours que le déjeuner est plus simple, plus familier et plus léger que le dîner !