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En premier lieu chers lecteurs je souhaitais vous présentez mes excuses pour cette absence d’articles récemment observée  sur ce blog, dues à une surcharge d’emplois et de sollicitations, en partie grâce à vous tous, alors merci. J’ai eu l’idée d’une série d’article. Le premier revient sur un point abordé dans un  précédent sujet. Je veux parler des aliments qui se consomment à la main. Pourquoi ? Parce qu’ayant eu une demande d’étudiants étrangers à ce sujet, je me suis aperçu qu’aucuns ouvrages ne parlaient de la façon de consommer des cuisses de grenouilles ou des cailles. Or cet absence d’information sous-tend un phénomène plus large. Dire que c’est parce que cela ne se sert pas sur une table de fête, ou ouverte aux étrangers, n’est pas suffisant. Car on peut en consommer également en lors de fêtes de famille ou entre intimes. Voici quelques éléments pour comprendre pourquoi d’un point de vue théorique une information n’est pas présente dans un ouvrage impliquant un savoir-spécifique… (Encore une fois  la suite est tirée de mon mémoire). L’explication se trouve en partie dans notre histoire et notre rapport à la hiérarchie. En effet, « dès qu’il se forme en France des élites ou des pseudo-élites, elles tentent toujours de renouer avec les anciennes tendances à se distinguer dans leurs manière de parler[1] » ou d’être. En effet les groupes sociaux qui cherchent à se dissocier des autres, du grand public, vont chercher à adopter un langage spécifique, ainsi en est il du « jargon médical » par exemple où les médecins et le personnel soignant vont mettre en place un ensemble de termes, le plus souvent de racine grecque, le latin étant pour d’autres domaines également dits scientifiques,( la rigueur rappelle que d’un point de vu épistémologique, la médecine est un art et non une science), l’emploi de termes savants permet d’éviter entre autre la remise en question de la légitimité d’un diagnostique par un profane. Or ces termes sont aussi utilisés en vu, inconsciemment, d’inclure ou d’exclure des individus. Le rapport à l’autre se fait donc code. Le savoir-vivre est au cœur même de cette codification, comme le rappelle Elias et Bourdieu. Ainsi sait-on « qu’il est des notre » parce qu’il sait disposer les fourchettes et les couteaux comme il le faut. Il est donc notable de préciser que les guides sont importants par leur contenu mais également par leur carence. L’important devient à la fois ce qui est transmis par l’étude de ces ouvrages  qu’un lecteur  peut faire, autant que  par ce qui n’y figure pas.  Il est des comportements qui se passent de mots et qui sont transmis par une attitude, une réprobation de la main ou du regard que l’autre va interpréter. L’autre mode d’assimilation, ineffable, s’opère par effet de mimétisme sur les individus en présence. Ainsi ces ouvrages, mêmes ceux dits pour les nuls, sont les vecteurs de transmissions et de réprobations sociales afin de toujours quoi qu’il arrive permettre d’effectuer une distinction.  Il semblerait donc bien que « la marque que la société de cours du XVIIe et du XVIIIe a imprimée à ses membres a survécu dans beaucoup de choses dont les hommes du XIXe et du Xxe siècle s’entourent, qu’il s’agisse de meubles, de tableaux, de vêtement, de formules de salut, d’étiquette sociale, de théâtre, de poésie ou même des maisons qu’ils habitent »[2]. Un dernier détail, si vous le permettez, pensez aux rinces-doigts pour les cuisses de grenouilles, cela n’en sera pas moins digeste, mais plus propre…


[1] La Civilisation des Mœurs (L.C.M). p.163
[2] La Société de Cours, N.E, p.111